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vendredi 5 août 2011

Chromozone T2 Les Noctivores - Stéphane Beauverger

Second volet du triptyque Chromozone, Les Noctivores, paru en 2005 aux éditions La Volte, évolue dans la continuité de son prédécesseur. Pas de mauvaise surprise donc, on reste en terrain connu, malgré un début qui bouscule les repères qu’avait établis le premier opus.


Nous débutons en la compagnie d’un étrange garçon dénommé Cendre, considéré comme le messager du Divin dans sa petite communauté recluse. Cependant, le messie n’est peut-être pas celui des Soubiriens révélés, mais bien plus vraisemblablement celui de Khaleel ou de Peter, désormais ennemis après les événements survenus huit ans auparavant.

Premier constat après cette lecture, il apparait que certains défauts du premier tome, qui étaient passés inaperçus, sont ici cruellement exposés. Car en découvrant le nouvel aspect du monde, Stéphane Beauverger nous dévoile en même temps les éclaircissements des situations passées, qui, avouons-le, demeuraient malgré tout dans un certain flou. Cependant, et attention ça va spoiler sur le premier tome, la manipulation de Teitomo n’est pas suffisamment explicitée pour être convaincante. Et on patauge encore pendant quelques temps avant de découvrir le cadre temporel, alors que l’explication de la cause de la dévastation du monde était également poussive dans le premier tome.

La narration est un des grands changements de ce volet. Alors que nous naviguions entre chaque personnage dans le tome précédent, ici l’histoire est racontée de manière plus ou moins linéaire. Le récit est fragmenté en trois grandes parties, qui s’attachent chacune au devenir d’un protagoniste. Le début s’installe donc plus rapidement qu’auparavant, bien qu’on mette du temps à faire le lien avec les événements passés, mais perd le charme de la narration alternée. Ainsi, malgré une linéarité que Beauverger tente de rompre, je me suis surpris à m’ennuyer pendant certains développements du milieu (à mettre éventuellement sur ma faible motivation de lecture à ce moment). Certains passages semblent trainer un peu en longueur, paraissent moins denses, et hachent ainsi le rythme. Toutefois, les événements s’imbriquent logiquement les uns dans les autres, et malgré quelques questions en suspens - pas tellement négligeables -, qui font office de deus ex machina, la trame est maîtrisée.

Pourtant, on retrouve certains personnages qu’on avait laissés huit ans en arrière. Les épreuves les ont souvent transformés, alors que d’autres ont su résister aux affres du temps. Le messie, Cendre, est certainement le benjamin du panel de rôles, mais il bénéficie d’une personnalité somme toute joliment étudiée, bien qu’il soit le moins intéressant de l’histoire à mon avis. Dans l’ensemble, rien à redire sur ce point particulier, les personnages ne manquent pas d’épaisseur.

On retrouve encore une fois cet esprit grinçant, logiquement moins surprenant. L’ambiance reste toujours dans le post-apocalyptique, et la vie reste rude pour beaucoup de populations, ou presque. La géopolitique est bien étudiée, ne laisse pas grand-chose au hasard. Mais une fois encore, certains thèmes auraient mérité d'être approfondis, comme celui des Noctivores. Bien que traité par Asimov - je ne dirai pas où pour ne pas spoiler -, il aurait été agréable de voir les noctivores s'inscrire dans une réflexion de plus grande ampleur. A moins que l'auteur ne garde ses idées au chaud pour la suite.

Dans l’ensemble, Les Noctivores est un bon bouquin. Pas forcément une suite brillantissime, qui accuse les défauts de son prédécesseur tout en les exposant. Cependant, la série se renouvelle suffisamment pour présenter un réel intérêt. De plus, j’ai carrément été emballé par le dernier quart, qui clôt de façon trépidante ce volume. Il ne reste plus qu’à voir le dernier tome, qui nous dira si Beauverger propose des explications plus convaincantes, ou si les défauts évoqués sont bien irréversibles.

jeudi 4 août 2011

Chromozone T1 - Stéphane Beauverger

Après Le Déchronologue du même auteur, qui m’avait légèrement déçu en regard de mes attentes, j’ai décidé de remettre le couvert avec Stéphane Beauverger avec la trilogie qui l’avait révélé, c’est à dire Chromozone. De plus, le sujet m’attirait. Moi qui n’avais jamais lu de post-apocalyptique, l’occasion était trop belle pour la laisser passer, d’autant plus que La Route, dans un autre registre, m’avait rapidement lassé.
 

Alors que je m’attendais à une sorte de survival, un témoignage d’une survie au quotidien, j’ai eu la surprise de pénétrer dans un monde en pleine reconstruction, après qu’un virus militaire, Chromozone, ait rendu tous les dispositifs informatiques obsolètes. Pour pallier à cet inconvénient, des méthodes de phérommunication – communication par l’odeur – ont été développées. Ces dernières sont d’ailleurs fortement utilisées, notamment par les sociétés formatives, des communautés qui n’hésitent pas à mixer programme social et religieux, mais dont le règne est souvent éphémère.

Nous suivrons divers protagonistes, au rôle obscur au départ, dans le sens où l’on se demande bien comment tous ces fils éloignés vont se rejoindre par la suite, comment la fusion s’opèrera. De Marseille à Berlin, en passant par la Bretagne, tous auront néanmoins un rôle déterminant à jouer, du plus infime au plus important. Cette lente synergie, qui trouvera son aboutissement à la fin de ce tome, peut donner l’illusion d’un rythme lent, posé. C’est en effet le cas, mais ce n’est pas pour autant que l’intrigue n’est pas étoffée, car l’ouvrage regorge d’une masse de détails qui n’en sont pas tellement. Et dans ce luxe de fausses contingences, se niche un fil directeur à moitié dissimulé au lecteur : si l’on croit sincèrement aux réactions des personnages, on a en revanche plus de mal à envisager la volonté sous-jacente de l’auteur, dans le sens où il n’y pas de fil directeur bien défini. C’est donc dans ce demi-flou, qui contribue fortement au maintien de la tension, que s’effectue une bonne partie de la lecture. Et finalement le puzzle éparpillé se reconstruit logiquement, naturellement, au point que les dernières scènes relèvent de l’évidence même. Y’a pas à dire, Beauverger maîtrise son sujet de bout en bout, et l’on sent clairement le métier de scénariste dans tout ça.

Le récit est parsemé de thématiques qui, à défaut d’être originales restent relativement intéressantes. On retiendra par exemple l’inversion des races dominantes, suite au chambardement des échelles de valeur dans un monde privé de cols blancs. L’occasion pour l’auteur d’exposer ses idées sur le racisme. Ca reste dans la tendance mais ce n’est pas désagréable. Ou encore une légère critique sur la protection à outrance de ses biens, à l’aide d’un néologisme explicite. De la même manière, on lira son idée sur les gouvernements dans l’expression qui les désigne, celui de « sociétés formatives », où se retrouve la notion de formatage social. Mais c’est surtout dans le titre en lui-même qu’il faut chercher le grand thème, celui de la « zone de couleur », qui désigne implicitement notre contrée, le cosmopolitisme qui règne en France et par extension en Europe et dans le monde. On pourra également y déceler une thématique communautaire que je trouve néanmoins peu exploitée, ou pas suffisamment.

Mais ce qui tranche avec Le Déchronologue, c’est surtout le style. Tous ceux qui ont lu le quatrième roman de Stéphane Beauverger s’en souviennent, le narrateur jouait avec les termes d’antan pour nous ancrer dans son époque et créait un effet bonhomme délicieux. Ici, au contraire, la troisième personne se fait grinçante, parfois mordante, plus sobre et conventionnelle, sans pour autant être bâclée. L’ambiance post-apocalyptique est plutôt prenante, d’autant plus qu’on n’échappera pas aux divers affrontements des factions en lutte pour le pouvoir. On retiendra également un goût prononcé pour les jurons délurés, que l’auteur semble prendre plaisir à inventer.

Bref, en un mot comme en cent, ce premier tome de Chromozone est pour moi une réussite indéniable sur le plan de l’histoire. Pas linéaire pour un sou, un suspens qui nous tiraille tout au long de la lecture, des personnages charismatiques. De plus, le ton sait parfois se faire grinçant, et nous offre quelques passages parfois jubilatoires. Comme le dit Mathias Echeney, fondateur de La Volte, propagez Chromozone !

jeudi 28 juillet 2011

World War Z - Max Brooks

Aujourd’hui sur Foudre Olympienne, nous allons parler biologie ; oui, vos yeux ne vont trompent pas, n’enfilez pas vos bésicles, on va bien causer sciences nat’. Mais de manière spéciale, pas comme vos vieux profs de lycée à la voix chevrotante : on va se la jouer à la Max Brooks, avec une bande de joyeux zombies pour foutre la pagaille, donc restez pour la suite !


Terre, XXIème siècle. L’humanité vient d’échapper à l’extinction ; l’arme atomique n’est pas en cause, non, pas cette fois. C’est un ennemi bien plus dangereux qui a failli la décimer : cet ennemi c’est Zack, le Zombie, cet être que l’on croyait bien enfermé dans les bouquins de science-fiction et de fantastique. Mais comme on l’a dit l’humanité a survécu. Dans la douleur, certes, puisqu’un milliard seulement d’êtres humains peuplent désormais la surface du globe. Mais Zack est vaincu, c’est bien ça l’important ; et le triomphe, la résistance de l’espèce humaine se doit d’être consignée quelque part. C’est l’entreprise de l’auteur, journaliste délégué auprès de l’ONU, qui parcourt le monde à la recherche de récits de cette guerre, rassemblés ici sous la forme de chroniques.
 
Ainsi le journaliste, dont le nom restera dans l’ombre, donnera la parole aux résistants, aux témoins, aux acteurs de cette Guerre des Zombies, se contentant de poser épisodiquement quelques questions. Ses rencontres l’amèneront à rencontrer toutes sortes de gens – loin d’être des parangons de vertu le plus souvent -, du Pérou au Mali en passant par Bagdad et Tokyo. Entre autres. Car Max Brooks semble avoir couvert le planisphère, exploré les moindres recoins, des plus évidents aux plus improbables, comme ces archipels de radeaux errant au gré des flots, accueillant à leurs bords des survivants émigrés.
 
Oui, Max Brooks a pensé à tout, ou du moins à beaucoup. L’exhaustivité est le premier mot qui me vient à l’esprit lorsqu’il s’agit de qualifier ce livre. J’ai bien été surpris de constater à quel point l’auteur avait creusé son sujet, introduit certains éléments qui de prime abord n’avaient aucun lien avec le sujet. Mais finalement Max Brooks remplit bien les pages, il écrit sans meubler. Mieux, les fondations sont étudiées avec soin : si l’on sait dès l’entame que l’humanité a vaincu, on revit dans l’ordre les événements passés, on suit l’évolution des événements depuis les premiers symptômes jusqu’au retournement de situation ; la gradation de la situation est décrite dans le détail. On assiste à la découverte des premiers cas, à l’aveuglement global de l’humanité, l’exode urbain massif, le regroupement organisé, le recouvrement d’un semblant de gouvernement, puis la résistance organisée massivement. Chaque chronique est l’occasion d’aborder un point précis de cette machinerie bien huilée, on sent tout au long des quelques 530 pages (version poche) la minutie apportée à ce monde dévasté.
 
Chaque chronique est aussi le vecteur d’une réflexion contemporaine. Prendre World War Z comme un simple divertissement est une grossière erreur, et malgré l’objectivité du journaliste c’est par par le truchement des témoins que viendra la critique. L’homme moderne est mis en cause, il est mis à nu sous la pression de l’horreur imminente ; son individualisme dicté par le capitalisme se révèle face aux zombies. Oh certes ce n’est pas le seul thème – heureusement -, les médias sont aussi mis en cause, de même que les services de renseignement, victimes également de l’aveuglement général (référence à la polémique du 11 Septembre?). L’armée est tout autant visée, sinon plus, montrée comme incapable, voire responsable de l’épidémie, mais réhabilitée faiblement au moment de la victoire finale grâce à l’expérience acquise. On sent tout de même un certain patriotisme là-dedans, la CIA étant montrée comme une simple organisation bien moins puissante qu’on la décrit, mais c’est surtout lors du discours du président américain qui sonnera le glas du retranchement humain. Une belle leçon dans ce discours, à laquelle j’adhère complètement et qui montre que l’auteur a cerné une problématique fondamentale, mais pourquoi diable les américains sont-ils toujours les héros de ce genre ? Y a-t-il réellement un « esprit américain » qui rend ce peuple outre-atlantique si combattif ? Ou n’est-ce qu’un cliché véhiculé par les films ? Certainement entre les deux, comme d’habitude.
 
Et Zack là-dedans ? Notre pote le zombie, ce trublion responsable des chambardements, que devient-il dans l’histoire ? Eh bien force est d’avouer qu’on n’en saura pas grand chose, ou du moins pas autant qu’on l’aurait souhaité. A ma grande surprise Zack s’est fait voler la vedette par nos amis humains, par leurs travers plus exactement, et ce choix se comprend quand on voit les thèmes développés par Max Brooks. Non je suis injuste, on en apprend pas mal sur Zack au final, enfin surtout sur ses incongruités. A l’inverse de Richard Matheson avec Je suis une légende, Brooks multiplie les mystères autour de sa créature, invoque régulièrement la science, mais ne tente jamais l’exercice casse-gueule d’explication fondamentale de cet état. Personnellement je n’y vois pas d’inconvénient, j’y vois au contraire une démarche intelligente. Cependant il manque à l’histoire une composante pour moi fondamentale : aucun cobaye zombie. Dans un monde capitaliste marqué par toutes sortes d’expérimentations, comment se fait-il qu’aucun scientifique ou toute autre personne sensée n’ait tentée de capturer un zombie pour réaliser quelque expérience dessus ? Voici pour moi la grande interrogation concernant ce livre, c’est peut-être la seule brique manquante.
 
Malgré tout World War Z ne me laissera pas un souvenir incandescent ; si je salue sans retenue l’aboutissement du concept, il aura manqué au livre une composante pour emporter ma totale adhésion. L’émotion. L’empathie. Ce sentiment d’intérêt envers les personnages côtoyés. C’est peut-être la structure même du livre qui veut ça, des chroniques traitant de personnages indépendants les uns des autres, mais voilà, la relative longueur de l’ouvrage mêlée à cette mosaïque écartelée d’acteurs lambdas n’aura pas su conserver intact mon intérêt. Ce qui ne m’empêche pas de vous le recommander, bien au contraire.