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mercredi 11 avril 2012

L'Apollonide - souvenirs de la maison close


Hier soir le vieillissant maître de l'Olympe, accablé et fourbu par des millénaires d'acrobaties sexuelles à l'exotisme parfois peu avouable, a décidé de faire un break et d'observer comment de simples mortels s'y prenaient en ces temps modernes pour assouvir leur soif de plaisir turgescent. Non ce n'était pas du porno, il s'agissait de L'Apollonide - souvenirs de la maison close, qui brode le destin d''un bordel à cheval sur les XIXème et XXème siècles.


L'Apollonide est un bordel parisien, plutôt chic si l'on en croit les dehors chatoyants. On y trouve la tenancière (« Madame »), les filles de joie, les habitués, ceux de passage, et les apprenties luronnes. La vie n'est pas rose ; c'est un bordel après tout, et la vie de Madeleine, surnommée La Juive, deviendra plus sombre encore le jour où un client lui élargira le sourire à coups de scalpel, l'éloignant définitivement des clients. Mais L'Apollonide menace aussi de fermer, et les filles craignent d'être revendues dans des bordels miteux.

C'est l'avis du Pendu (autrement connu sous le pseudonyme de Laurent Kloetzer IRL) qui m'a attiré vers ce film. Outre la présence de magnifiques donzelles, il y faisait mention d'un cachet esthétique particulièrement remarquable. De la bonne chair fraîche made in nymphe combinée à un septième ciel artistique, voilà de quoi satisfaire mes aspirations érotiques les plus pures !
Et pourtant il me faut faire mentir l'adage, il arrive que les grands esprits disent verge. Ou se disent pute, comme vous le sentez. Il faut cependant reconnaître au film de Bertrand Bonello une touche authentique qui nous fait plonger dans ces temps trépassés. C'est visuellement réussi, ça flatte la rétine de tous les côtés. On croit volontiers à ce lupanar abondant en dorures et drapés soyeux de même qu'on croit volontiers ce mobilier robuste et élégant ; on s'imagine aisément ces costumes riches en tissus et les hommes qui s'y insèrent.
Mais j'ai moins cru au reste.
Je n'ai pas ressenti cette émotion artistique qu'on éprouve en présence d'un chef d'oeuvre malgré les tentatives répétées. Je n'ai pas été sensible aux tableaux tragiques de ces putains, présentées comme des beautés de langueur funestes et malheureuses, avachies lascivement sur leurs sofas. Elles transpirent l'abandon, le renoncement de la vie, et même ainsi, magnifiées par les parures et les tentatives de plans obsédants, ce n'est que du vide multicolore qui m'est apparu, soutenu par une musique anachronique (j'opte pour du rock) dont je n'ai pas compris l'utilité. Soit que les dispositions n'y étaient pas (c'est bien connu, on n'est pas toujours au top, serions-nous le maître de l'Olympe), soit que tout simplement cette torpeur dépressive n'avait pas de quoi m'émouvoir.

Les photos me donneraient presque envie de revoir mon jugement

Car en ce qui me concerne le film manque d'impact, de punch ; on a l'impression de voir évoluer devant nous des personnages résignés, vidés. Les rares moments spontanés ne sont pas suffisamment capturés pour en retranscrire tout l'arôme. Ce n'est pas un reproche imputable uniquement à L'Apollonide, mais plutôt à la majorité des films français qui me semblent incapables de saisir la vie dans toute sa splendeur, son immédiateté et sa diversité. Une telle attaque mérite une défense, alors sachez que je suis le genre de gars à avoir été ému devant L'Homme qui murmurait à l'oreille des cheveux, entre autres. Pour continuer sur ma lancée, aucun destin ne m'a ému, aucun personnage ne m'a touché ; toutes ces prostituées m'apparaissent interchangeables et fadement dépeintes. Certaines scènes sont pourtant choquantes, mais là encore, quand on essaie de lire dans les yeux ce sentiment d'épouvante, tout au plus aperçoit-on un masque rigide qui semble joué et non pas vécu. Le jeu d'acteur n'est pourtant pas à revoir car les actrices remplissent leur part du contrat ; on ne peut leur demander d'étoffer d'elles-même des personnages sans grande histoire. Bertrand Bonello semble avoir préféré la dimension visuelle en exhibant à outrance poitrines et chattes touffues. On trouve peu de raffinement et d'élégance dans ces scènes, elles suscitent plus de dégoût que d'admiration. Et c'est ici que j'ai été grandement déçu. Ces filles comme ces scènes sont vulgaires, non pas grossières dans le sens où elles utilisent des jurons, mais banales, nues, sans l'artifice pétulant qui rehausse tout ce qui peut l'être, sans même un supplément d'âme, sans une touche fantaisiste qui s'amuserait avec les ficelles de nos émotions. Non le tragique est dépeint tel quel, sérieusement, et seuls quelques rares instants parviennent à s'en détacher avec plus ou moins de bonheur, comme ces plans tardifs avec La Juive.

Et plutôt deux fois qu'une...

Et pourtant le constat n'est pas si noir qu'il en a l'air. Le film choque parfois, froidement comme la fatalité implacable dont il semble habité, mais choque tout de même. Évidemment par ce côté abrupt et inattendu qui tranche quelquefois avec le ton terne, mais aussi par l'approche des pratiques sexuelles des habitués. Si du côté des pratiques je fais preuve d'une assez grande ouverture d'esprit, c'est la manière de les présenter qui m'a surpris. La froideur qui les enrobe ne les auréole pas du plaisir libératoire ; au contraire on y voir une forme de perversion, parfois sadique, de la part de ces hommes. De même, les réactions atones des filles qui se trouvent au confluent de réactions contradictoires sont plutôt déstabilisantes.

Mais voici le mot : atonie.

samedi 4 février 2012

Watchmen, film et comic


Certaines oeuvres marquent leur temps d'une empreinte indélébile, tel est le cas de Watchmen, comics célébrissime entre tous, réalisé par Alan Moore et Dave Gibbons entre 1986 et 1987. Les prix affluèrent lors de la parution, et Watchmen fut le premier comics à recevoir le prestigieux prix Hugo qui continue de nos jours à récompenser les meilleures oeuvres de science-fiction. A travers une uchronie prenant racine en pleine guerre froide, Alan Moore et Dave Gibbons mettaient en scène une bande de justiciers masqués , communément appelés super-héros mais dénués de tout pouvoir surhumain, à l'exception du Docteur Manhattan, véritable entité semi-divine. La loi Keene les a forcé à se ranger et à dévoiler leur identité, seul Rorshach a décidé de persévérer dans l'illégalité tandis que le comédien a conservé l'anonymat en travaillant pour le gouvernement américain. Cette bande de justiciers à la retraite, pour la plupart, n'est que la seconde génération d'un mouvement vieux d'une vingtaine d'années, mais leur organisation n'étant plus adaptée au monde actuel et au crime organisé, elle n'a fait que péricliter au fil du temps. Ainsi, en pleine guerre froide, le comédien est assassiné ; Docteur Manhattan s'exile sur Mars après avoir été accusé de provoquer le cancer chez ses proches. Rorshach mène alors l'enquête, voyant dans ces disparitions des super-héros un tueur de masques, alors que l'Amérique, privée de son arme ultime – Docteur Manhattan -, voit le spectre de la Troisième Guerre Mondiale se matérialiser dangereusement.



La version définitive de Watchmen est relativement dense, elle se compose de 12 volumes de 28 pages chacun, sans compter quatre pages d'interludes entre chaque épisode qui, à travers divers témoignages ou coupures de presses fictifs, contribuent à crédibiliser ce monde uchronique. Cet univers alternatif possède donc une forte identité, évidemment axée sur ses relations avec le monde des minutemen et leurs successeurs, tissée sans relâche au fil de l'ouvrage. Cette densité « historique » en un sens, s'allie à des dimension psychologique et narrative extrêmement poussées qui surent conquérir la critique et les lecteurs. On pourrait résumer la chose en affirmant que les codes de la bande dessinée sont ici poussés à leur paroxysme, où la narration s'imbrique et se dilue dans plusieurs plans qui assurent de multiples niveaux de lectures.

C'est pourquoi lorsque Zack Snyder, avec comme carte de visite les adaptations de 300 et Sin City, décide de porter Watchmen à l'écran, des craintes légitimes peuvent apparaître dans le camp des amateurs de l'oeuvre de Moore et Gibbons. Si la question de la métamorphose de l'oeuvre lorsqu'elle outrepasse son média original survient en premier, une seconde se pose juste après. Comment restituer à l'écran, avec tout le respect possible, la profondeur magistrale du comics ? Quels moyens utiliser pour retranscrire sur un média différent les astuces narratives qui confèrent son statut d'oeuvre culte au comics ? Mais surtout, était-ce possible ? Telles sont les questions auxquelles Zack Snyder se devait de répondre.

Le film débute sur une présentation succincte du contexte : on comprend que la guerre froide bat son plein, mais que le Docteur Manhattan est un rempart inébranlable contre l'armée rouge. L'entame est suivie de près par un générique assez longuet et punchy (je reviendrai sur la bande son plus tard), qui tente de présenter en quelques images le destin de la première génération des minutemen. Ce passage parle évidemment aux spectateurs avertis, mais je doute que le néophyte y capte grand chose. On assiste ensuite à l'entrée en matière à proprement parler, qui nous relate l'épisode de la découverte du cadavre du Comédien, comme dans le comics. D'ailleurs, et on s'en apercevra très rapidement, tout le long-métrage ou presque respectera à la lettre l'oeuvre originale dans le déroulement de la trame.

Ce qui saute rapidement aux yeux, c'est la volonté de respecter la trame d'origine. A l'exception de l'introduction qui présente plus clairement la situation que dans le comics, le film opte pour un déroulement pratiquement identique à ce qu'ont réalisé Moore et Gibbons, aux dialogues près par moments. Certains ajustements sont bien entendu de mise, comme par exemple quelques raccords entre différentes parties pour les fondre en une seule et unique afin de ne pas défigurer l'histoire de base. D'autres passages, comme celui si contesté car non compris de la bande dessinée parallèle – à la fois hommage à Max Shea, aux comics de pirates, et élément aux multiples niveaux de lecture – ont carrément été zappé. Si le fan pourra être déçu de ce parti pris (le fan exige souvent l'impossible, donc le meilleur), nul doute que le public néophyte y gagnera en compréhension. On déplorera également la perte de la déchéance des justiciers masqués au fil du temps, confrontés à un monde en évolution, où s'ancrait une analyse des super-héros de l'âge d'or et de leurs successeurs à l'âge d'argent. De fait, pour l'amateur de la première ou de la deuxième heure, le film a des allures de déjà-vu (je conçois que ce soit logique) et l'enchainement semble extrêmement rapide, à l'encontre même du comics qui prenait un temps incroyable à dévoiler ses cartes. Une des conséquences se manifestant dans l'absence de passages alternant différentes scènes (Dreidberg et Juspeczyk marchant dans la rue, en parallèle la première conquête de Docteur Manhattan interviewée, si mes souvenirs sont bons) qui ôte au film la dimension psychologique poussée à un niveau extrême dans le comics, de même que la disparition des idées de l'auteur et du niveau de lecture. Quant à la conservation de certaines scènes « de classe », telle que l'adieu aux serviteurs d'Ozymandias lors du dénouement, elles ne possèdent pas le même cachet en raison des brièvetés des scènes auxquelles il manque des longueurs pour livrer tout leur nectar. La synthèse de ces scènes ne rend pas hommage au génie narratif des auteurs, à ce sentiment d'horlogerie savamment orchestrée, et, il fallait s'y attendre, aucun palliatif ne vient combler la brèche. Quant au noeud gordien final, il importe finalement peu qu'il diffère du comics ; à vrai dire il se tient assez bien et montre en ce sens que les scénaristes hollywoodiens ont bien intégré l'histoire. J'ai pourtant trouvé ce remaniement moins dantesque que l'original.

Notons également la présence des scènes de baston, plus nombreuses et plus spectaculaires que Moore et Gibbons l'avaient voulu. Le tape à l'oeil est de mise avec la combinaison des combats qui évoquent les techniques du Dark Knight, et des ennemis qui virevoltent sous les coups et des ralentis qui rappellent Matrix.


Les personnages eux aussi apparaissent transformés. Si en surface ils semblent identiques à leurs homologues papier, on constatera au long du film qu'aucun ne possède véritablement l'essence de l'original, ce qu'un jeu d'acteurs très pauvre ne parviendra pas à relever (mention spéciale à l'huître féminine qui incarne Laurie Juspeczyk). Il faudra noter que beaucoup des personnages secondaires sont reconnaissables, à l'instar du journaliste qui interviewe Docteur Manhattan avant qu'il ne s'exile.

  • Le personnage de Rorschach m'a vraiment choqué. L'image que je me faisais de lui, image exacerbée lorsqu'il porte son masque, est celle d'un homme révolté et puissant mais disposant d'un énorme self-contrôle qui lui confère calme et dignité. Rien qu'à travers sa voix, le film le transforme en sorte de bête enragée, où l'instinct belliqueux n'est plus régi par une discipline mentale en acier ; on le sent au contraire soumis à ses pulsions telle une bête enragée. Sûrement la plus grande déception de ce film ;
  • Le Docteur Manhattan est lui présenté trop condescendant. Dans l'idée il n'est pas impossible qu'une entité supérieure évoluant parmi de simples mortels adopte cette attitude, mais le semi-divin lapis-lazuli d'origine évoque beaucoup plus un demi-dieu froid, lointain et inflexible. La remarque d'Ozymandias (dans le film) lorsqu'il évoquera les émotions du Docteur Manhattan vaut paradoxalement davantage pour le personnage du comics ;
  • Le Comédien pourrait sembler très proche de son modèle, pourtant certaines dissemblances l'en éloignent. On le sent moins bourru et plus affable, il cache moins bien son humanité derrière un mépris moins convaincant, et son goût pour la farce n'est pas porté à son paroxysme ;
  • L'émule d'Alexandre le Grand est lui aussi surprenante. Si dans le comics Ozymandias apparait comme un homme viril et athlétique, le film le métamorphose en blondinet presque gringalet et bercé d'arrogance ;
  • Laurie Juspeczyk apparait à certains moments comme une grande adolescente et n'est clairement pas servie par Malin Akerman ;
  • Finalement c'est Dan Dreidberg qui colle au plus près de son modèle.

 



Mais que serait Watchmen sans la patte graphique de Dave Gibbons, si sujette à débats, avec ses couleurs bigarrées et tranchées combinées à un aspect très géométrique, très carré ? Il n'était évidemment pas question de reproduire les alternances de couleur d'une scène à l'autre, comme l'a fait Gibbons, mais globalement cette Amérique uchronique se rapproche visuellement de son modèle original. Les costumes des justiciers, s'ils restent dans la même veine, se voient modernisés et perdent au passage l'aspect kitsch du comics que j'aime bien. Et ceux des personnages féminins perdent aussi de la matière, dévoilant davantage les charmes des dames quitte à verser dans le vulgaire (portes-jarretelles et jupes plus légèrement courtes ; déjà que c'était peu chaste à la base...).

Quant à la bande son, elle dissone clairement de la sobriété, voire de l'austérité, du comics. Son soutien transforme le ton original. La scène de l'enterrement du comédien en fournit un bon exemple. Alors que dans le comics ce moment est propice à la nostalgie et au recueillement (et à une pichenette anti-américaine), le film en fait une scène presque remplie d'allégresse à l'aide d'un titre – remixé – dont le nom ne me revient pas.


L'impression globale qui ressort du film est la volonté de respecter l'oeuvre originale, que l'on retrouve à beaucoup de niveaux. Mais en grattant la surface, on s'aperçoit que la transposition pure et simple des événements ne parvient pas à rendre l'essence si concentrée du comics. Là où Moore et Gibbons avaient pris le parti de présenter toute une mécanique de subtilité assimilable à une certaine froideur, le film, de par ses contraintes avant tout mais aussi du choix de la mise en scène et des intervenants, outrepasse justement cette pudeur, tant narrative que psychologique, certainement dans une optique de divertissement accessible au plus grand nombre. Watchmen se voit donc vidé d'une grande part de sa substance, Snyder se concentrant majoritairement sur le visible et le palpable, enrobant le tout dans un bonbon très hollywoodien. Soit que le réalisateur américain n'a pas eu l'envie de réaliser une adaptation digne de ce nom, soit qu'il s'est vu de suite submergé par l'ampleur de la tâche. Mais qu'on ne se méprenne pas, le film n'est pas mauvais en lui-même ; on se surprend à se prendre au jeu quitte à voir le soufflet retomber peu après : seulement Watchmen ne resplendit pas.

Je me demande si une série TV n'aurait pas été un format plus adapté...




L'article de Spooky sur le film, et un joli dossier sur Watchmen avec Plan 9.

dimanche 6 novembre 2011

Drive

Chers amis, les cieux sont parfois cruels envers les pauvres mortels que nous sommes. En effet, ce soir, ou plutôt dans la soirée d’hier soir à ce bref matin dominical qui me voit rédiger ce billet, j’ai été et ce depuis longtemps dans les salles obscures voir Drive. Il m’aura fallu pour cela braver les éléments déchaînés, et j’espérais donc qu’après avoir glorieusement réussi l’épreuve du parapluie tourmenté par les rafales et la discipline ô combien méconnue du saut de flaques, succèderait une délivrance extatique récompensant un courage exemplaire.
J’avais tout faux.


[résumé tiré d’Allociné]
Un jeune homme solitaire, "The Driver", conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant - et au volant, il est le meilleur !
Shannon, le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose, un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse affronter les circuits de stock-car professionnels. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino, dans le projet.
C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene et de son jeune fils. Pour la première fois de sa vie, il n’est plus seul.
Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal…
Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…

En toute honnêteté je ne serais pas allé voir Drive sur la base du pitch, ce dernier me faisant largement penser à un quelconque film d’action issu d’une banale caméra hollywoodienne ; mais voyez-vous, la blogosphère est une confrérie puissante qui donne racine à de multiples liens de confiance entre frères et soeurs, dont la solidité est aujourd’hui remise en cause. J’ose à peine dénoncer les hérésiarques Lorkhan et Seb tant une trahison de leur part m’était inconcevable à ce jour, mais les temps anciens sont désormais révolus. Car je l’avoue du bout des lèvres, j’aurais présentement préféré un sempiternel remake pour adolescents décérébrés ou mâles ruminants à la testostérone exacerbée que devoir me taper ce nanar. L’entame à elle seule donne le ton de ce que sera le film. Après une scène peu bavarde où l’on ressent une certaine froideur dans la voix du héros, dans son QG provisoire d’une chambre d’hôtel déshumanisée, la caméra nous entraine dans une course poursuite elle aussi ambigüe. L’idée de base est pourtant à saluer, on ressent l’envie du réalisateur d’orienter son film vers de nouveaux codes, de se détourner des clichés de testostérone pure et dure pour atteindre une froideur mécanique. C’est du moins l’impression prédominante de ce côté de l’écran, car l’histoire, loin de verser dans l’effet boules de flammes à gogo, souhaite retrouver une dimension plus réaliste. Cependant et le réalisateur a du zapper ce détail en cours de route (c’est pas faute d’avoir un chauffeur dans le film), l’authenticité n’exclue pas une touche de dynamisme, d’imprévu, de vie, de chaleur humaine, des composantes certes distillées dans Drive, mais en quantité si infinitésimale qu’elles s’égarent tout le long.

Les acteurs pour autant ne sont pas à blâmer, ils incarnent leur rôle, sans fioriture. Le malaise se trouve ailleurs, dans les personnages mêmes, artificiels au possible. Le « héros » en est l’emblème, Ryan Gosling ne se départit jamais de son masque dépressif, quand bien même le bonheur est dans le pré (ou sur les bords de la rivière). Pas moyen de tirer un mot à ce bonhomme, foutrement plus que timide. Il n’est pas du calme exemplaire dont sont faits les tueurs implacables, il est simplement mou, il vibre autant qu’un atome au zéro absolu. Aucun répondant si ce n’est le silence, ou quelques phrases assassines à de très ponctuels moments. On a l’impression d’avoir affaire à un pigeon de ce monde, bon et con comme on dirait. Mais félicitons le Septième Art pour avoir réinventé l’Amour, la romance entre le driver et Irène n’étant pas plus prévisible que le retour annuel du printemps ; on se demande encore ce qu’une femme normalement constituée (et la demoiselle à l’écran semble l'être) peut trouver à un gus pareil, qui rendrait n’importe quel dictateur irakien des plus amicaux. A moins que le driver ne soit le meilleur ami caché de Patrick Sébastien, je me renseignerai à l’occasion.

Passons maintenant à l’histoire. Laquelle ? certes, je me demande encore, mais parait-il qu’il y a un fil d’Ariane sacrément bien caché dans cet entrelac de pellicules. Si Mnémosyne ne m’a pas cruellement abandonné dans les dédales du Pathé, la trame commence avec la volonté de créer une équipe de sport automobile, avec comme coureur ce cher Driver qui éblouit le sponsor. Puis les haut-parleurs de la salle ne mouftèrent plus à ce propos durant les longues minutes qui suivirent le si émouvant « shaking hands ». On s’égare du côté de la romance (se garer serait plus approprié, LOL ! - je précise à mon aimable lectorat qu’il est 2h du mat’ passé à l’heure où j’écris, merci de votre indulgence par avance et par retard), puis Mister Driver fait son chevalier blanc au grand coeur en bossant gratis pour des gars qui le méprisent. Je crois qu’on atteint des abysses sur la fin. Mais non je ne m’étendrai pas plus longtemps là-dessus, c’est du n’importe quoi partout partout, et je laisse le soin à ce cher Connard de vous dévoiler la fadeur intrépide de ce film qui multiplie les clichés et les raccourcis.



Visez la superbe tronche, immuable pendant tout le film

Ah et puis une dernière chose, absolument incompréhensible, mais qui dut valoir au long-métrage sa récompense à Cannes. Les ralentis à répétition. Je conduis, je ralentis ; je suis dans un magasin, je ralentis ; je me garde dans un parking, je ralentis (oui c’est bien ça, on nous fait croire qu’il va y avoir un super truc stylé, et finalement le mec se gare. J’adorerais moi aussi me faire filmer au ralenti quand j’effectue un créneau, tout un chacun admirerait mon fier air sombre tandis que d’un geste altier je guiderais la carrosserie métallisée sur les rails de son destin).

Mentionnons pourtant la musique, d’inspiration drum’n bass, qui contribue fortement à l’esthétique du film. Si dans un premier temps elle permet bien de se prêter au jeu, de s’extraire du fauteuil pour s’absorber dans la contemplation froide du film, le scénario vient rapidement détruire ce maigre tribut pour ne laisser que des monceaux d’ennui.

Enfin bref, à chacun son sens esthétique, comme toujours. Pour ma part je n’ai pas cru une seconde aux rôles désincarnés, tue-le-film évident et principal repoussoir, comme un air glacé congelant les ardeurs. Si vous êtes de la trempe des Inuits, vous pouvez foncer.

dimanche 30 octobre 2011

Dark City

Je suis tombé sur Dark City à moitié par hasard. Etant donné la maigreur de ma culture cinématographique version SF, je m’étais dit qu’il était grand temps de remédier à cela en me matant au moins quelques uns des classiques du genre. Une petite requête google plus tard, et me voici sur la page wikipédia donnant le classement OFCS des meilleurs longs métrages. Je jette quand même un oeil et je suis rassuré de voir de voir que j’en connais quelques uns dans le lot, et même que j’en ai vus. Un peu au hasard, je pioche dans la liste, et ce soir c’est Dark City, un choix loin d'être mauvais.




Une baignoire. Un homme, une goutte de sang sur le front. Amnésique. Allongé dans le bain. Une lampe au plafond qui balance sa lumière de manière inquiétante. Des fringues juste à côté. Et le téléphone sonne. Un inconnu au bout du fil raconte à cet homme qu’il est recherché, qu’ils le traquent. Et c’est le début de la fuite. Contre des inconnus au teint blême, d’inquiétants étrangers, et contre la police, notamment l’inspecteur Bumstead. Sans oublier sa femme, Emma, ni le docteur Schreber, qui semble en savoir pas mal sur toute cette affaire, mystérieuse, qui amène J. Murdoch à rechercher son passé dans une course contre les forces blêmes, ces inconnus qui ne reculent devant rien pour retrouver sa trace, qui possèdent le pouvoir d’harmoniser et qu’ils redoutent de trouver en lui. Quant à Murdoch qui court après son passé, il trouvera des réponses bien étonnantes.

Dark City happe le spectateur dès les premiers instants. Décors soignés, mise en scène aux petits oignons, on n’a aucun mal à s’immerger dans l’ambiance steampunk qui gardera toute sa saveur le long du film. Les bagnoles de la vie moderne se mêlent aux engrenages – discrets – des horloges omniprésentes ; l’architecture reprend les codes des années 30, inspiration identique pour son homologue vestimentaire. Et la bande son fait un boulot monstre, clairement, c’est une des réussites du film, préservant ce sentiment de mystère et d’angoisse jusqu’à la fin. Félicitons aussi les cameramen qui se donnent du mal pour nous placer au coeur de l’action, et il ne reste plus qu’à congratuler les acteurs. Je commencerai par Jennifer Connelly. Cette fille est sublime, incroyablement sublime, elle donne au personnage d’Emma une telle densité rien qu’avec un masque, une expression, qui confèrent à son personnage une force intérieure en proie à une angoisse sous-jacente, le tout baignant dans une certaine sensualité. Et le vert qui relève ses yeux lui va à ravir ! William Hurt, aux commandes de l’inspecteur Bumstead, n’est pas non plus à la traîne en matière d’élégance, il arbore la plupart du temps un costume trois pièces sobre mais efficace qui contribue à l’établissement de son personnage solitaire, dur, persévérant, mais humain et compréhensif. Quant à Rufus Sewell, il restitue aisément un John Murdoch amnésique et pommé, avec ses yeux écarquillés et son air paniqué. On n’a aucun mal à l’imaginer traqué par de mystérieux hommes à la blancheur cendrée.

Le scénario a le mérite de tenir la route. On a beau me chambrer dans mon entourage pour chercher la petite bête, ici je n’ai rien relevé de choquant, même en me harcelant de questions (étais-je donc trop fatigué ?). Avec son amorce somme toute classique – l’amnésique est devenu un attrape nigaud depuis le temps -, l’histoire parvient tout de même à nous emmener sur les traces d’une vérité insidieuse, qu’elle fait planer au fil du temps sur le film, laissant le spectateur élaborer ses propres déductions sur ce qui se trame en ville. Et bien qu’on parle de SF le fantastique n’est pas toujours loin, avec cette histoire d’harmonisation. Il est pourtant dommage que la fin soit à ce point conventionnelle, car peu d’éléments dans le film méritent d’être taxés tels quels. Effectivement, on tombe dans le piège de ce que j’appelle du Dragon Ball Z escalation, qui consiste à augmenter la puissance des combattants sans se soucier de leur intelligence : à bourriner et à faire dans la testostérone pure et dure en gros.

Finalement le film vaut plus par son ambiance et par son traitement à la manière d’un thriller que par son histoire à proprement parler. Si la trame demeure la plupart du temps intéressante et rendue aguichante par un suspens savamment distillé, on regrettera que l’idée sur laquelle repose la ville ne soit peu creusée plus profondément, de même qu’une fin à la hauteur du reste du film, qui avait su ménager de bonne surprises scénaristiques. Mais ne passez pas à côté de Dark City, encore plus si vous êtes amateur de SF, vous risqueriez de louper un très agréable moment.


Ah la la ! Irrésistible en chanteuse de jazz !

vendredi 19 août 2011

Mission to Mars

La boisson c’est mal, les amis, ce vice peut vous pousser à commettre des actes d’une stupidité insensée, comme insérer la galette de Mission to Mars dans votre lecteur DVD en y recherchant un moyen de combler vos lacunes en matière de SF, de même qu’un divertissement sympathique. C’est vrai, j’étais en quête d’un film grand public, pas prise de tête mais pas neuneu non plus, et voilà que j’exhume le boitier de ce film et que l’idée parait bonne. Sur le moment.



Nous sommes en 2020. La première expédition scientifique habitée à destination de Mars est sur le point de partir. Quatre membres seulement composent l’équipage. Une fois sur Mars, ils déclencheront à leur insu un cataclysme qui leur sera fatal. Sur la Station Internationale, Jim McConnell, écarté du programme en raison de la mort de sa femme, fait pression sur son supérieur afin d’organiser une mission de secours. Woody, désigné pour être le chef de cette mission, insistera à son tour pour que Jim soit de la partie. Le sauvetage peut alors commencer…
 
Mission to Mars est un film qui met l’accent sur la dimension humaine, qui s’attarde sur les états d’âme et de conscience des protagonistes. Cette formulation inclinerait à penser les rôles fouillés et attachants, mais la pratique s’éloigne largement de cette vision. Car si mon état euphorique aura pu altérer les faits durant la première partie, l’accroissement de la lucidité met en exergue la naïveté et la niaiserie de ces pseudo-sentiments, rend pénible ce qui était distrayant, voire touchant. Ainsi nous aurons droit à une gentille histoire d’amour entre ces éminents scientifiques, la crème de l’élite scientifique (et pour être tarte, ça l’est), qui iront jusqu’à se bécoter et même à danser en apesanteur. Les bons sentiments transpirent, dégoulinent de l’écran, et j’ai même eu peur qu’ils n’aillent griller mon PC. Autant dire que je m’en serais voulu. Le problème se montre plus gênant lorsque cette mièvrerie s’écarte de l’intimité pour s’immiscer directement dans l’intrigue, tentant de soutirer quelques larmes grossières au spectateur ému par tant de bravoure et d’amour déployés, ou bien de saluer le talent incommensurable du génie de la troupe, décidément le seul à pouvoir rétablir la situation.
 
Quant au scénario, une histoire simple, honnête, mêlant action et suspens m’aurait sur le champ contenté. Mais faut-il encore ne pas me prendre pour un con, ou du moins se montrer plus subtil envers l’amateur de SF que je suis. Bien trop de détails douteux jettent le discrédit sur ce film, comme l’allure peu bureaucratique du pouvoir décisionnaire, une vision beaucoup trop amicale et chaleureuse qui vient contredire l’image du monolithe complexe de l’appareil administratif. Sur un plan scientifique maintenant, on s’interrogera sur le moyen d’élaboration d’une serre artificielle sur Mars, par un homme seul et affaibli, dans les conditions exposées, sans compter la prolifération remarquable des plantes. Evoquons également la clé du mystère, une aberration monstrueuse au point de vue scientifique que toute personne douée de bon sens pourrait aisément réfuter. Le comportement déroutant des scientifiques est là encore irritant, puisque ces derniers ressemblent davantage à des explorateurs intrépides qu’à des chercheurs sérieux et diplômés, privilégiant l’action irréfléchie à la réflexion, et négligeant les interrogations fondamentales qui n’auraient manqué d’être soulevées dans toute production rigoureuse.
 
Il faut également compter avec les multiples scènes à rallonge, cache-misère avéré qu'on ne présente olus, un jeu d’acteur bancal, et une bande son décevante malgré le talent reconnu d’Ennio Morricone, à l’exception du passage de la réparation du vaisseau qui ose une composition alternative aux situations d’urgence.
 
Bref, peu de choses à sauver dans ce long-métrage, voire pas du tout, d’autant plus que la rigueur scientifique est la grande absente dans un cadre où l’on fait appel à la science. Et à moins que vous ne soyez un fervent patriote des USA pour vous coltiner les passages héroïques d'une nation conquérante, il y a des chances pour que ce film vous reste sur l’estomac.
 
 
A ne pas voir non plus chez Spooky

mardi 16 août 2011

Marie Antoinette

Il y a peu je m’étais maté Virgin Suicides, de Sofia Coppola. N’ayant pas tellement accroché sans savoir pourquoi, et plutôt intéressé par un biopic sur Marie-Antoinette, je décidai de redonner une chance à la fille de Francis Ford Coppola. Soyons clairs, il n’y en aura pas de troisième.



Est-il vraiment utile de détailler le synopsis ? Toute personne étant arrivé au collège/lycée saura certainement de quoi il en relève. Nous suivons la vie de Marie-Antoinette, de son arrivée à la cour de France jusqu’à... euh, sa mort, je crois bien. Je dis bien je crois, car le dernier quart d’heure a défilé à l’arrière plan de mon PC pendant que je commençais à rédiger cet avis. Bref, c’est la donzelle de Louis XVI qui sera l’héroïne du film. D’ailleurs en parlant d’héro, j’aurais mieux fait d’en prendre au lieu de mater ça ; on dit que la drogue c’est mal mais certaines choses sont pires.
 
Vous l’aurez compris, chez la famille Coppola le talent n’est pas héréditaire. Mais halte aux jacasseries, je pourrais m’étendre et me vautrer longuement dans une mare de fange destinée à cracher sur les « mérites » du film. Tout d’abord, ce que je reproche en général à Sofia Coppola, et pas seulement dans Marie-Antoinette, ce sont ses personnages. Ils sont plus creux qu’une poupée gigogne vidée de ses gosses. S’attacher à n’importe quel pantin de ses longs-métrages est un exercice certainement fastidieux. Tout au plus le bon vivant Louis XIV (Louis XV ? Rien n’est dit !), par son côté vulgaire parvient à créer le lien avec le spectateur, et encore me voilà en proie à une gentillesse toute mielleuse.
 
Pour moi le principal défaut vient de la structure même du film : alors que les rôles sont inversement vides au bustier de Kirsten Dunst, les plans inutiles de scènes sensées montrer la vie trépidante de la cours se multiplient à l’excès, sans rien rapporter de la magie et l’amusement de l’époque. Scènes bouches-trous destinées à ébahir le spectateur en quêtes de mirifiques folies, ou plus simplement mauvaise conception, quoi qu’il en soit j’en ai rapidement eu ras le bol de ces scènes sans queue ni tête. Ajouté à cela que la vivacité et le dynamisme des plans s’inspirent de nos chers gastéropodes.
 
Et l’histoire derrière tout ça ? Ben franchement je n’en sais pas plus qu’en arrivant, on nous peint le portrait d’une Marie-Antoinette qui aime bien s’amuser avec ses cops’, faire la fofolle dans le Paris mondain et batifoler avec les jolis messieurs, mais d’événements historiques importants, à l’exception de la Révolution (et là encore c’est aussi léger qu’un cheveu sur la soupe), nada. Inutile de souligner qu’on n’en saura pas plus sur Louis XVI, sur sa timidité flagrante et ses rapports avec les chambres de l’époque, ses implications politiques et tout ce qui aurait eu un tant soit peu d’importance.
 
Malgré tout je soulignerai le soin apporté aux costumes. Certes rien d’extraordinaire pour un film d’époque à retranscrire la mode d’antan, mais ce fut un réel ravissement de voir toutes ces tenues, généralement de très bon goût en dépit d’un ostentatoire compréhensible.
 
A trop chercher la nouvelle génération, à présenter Marie-Antoinette comme une adolescente délurée et royale, Sofia Coppola livre un film complètement vidé. On cherche le biopic là-dedans, en se demandant où l’on a bien pu croiser celle qui fût reine de France.
 
 
A ne pas voir non plus sur Karavan Papou

vendredi 12 août 2011

Iron Man 2

Iron Man, premier du nom, m’avait beaucoup enthousiasmé. Je découvrais pour la première fois un héros qui, grâce à son intelligence et sa fortune colossale, s’était construit une armure surpuissante. Au-delà d’un scénario bien élaboré, j’avais apprécié la personnalité atypique de Tony Stark. Mes attentes à l’annonce de la sortie du second opus étaient donc fortes, et nonobstant les critiques négatives qui m’avaient été prodiguées (mais surtout parce que ce film faisait consensus), j’ai été voir Iron Man 2. Au sortir de la salle – bon je n’ai pas attendu jusque-là -, force est de constater que les mauvaises langues n’en étaient pas.

En effet, le film s’ouvre sur une scène bien longue de Tony Stark faisant une entrée fracassante dans son gala de charité (ou assimilé), qui en profite alors pour nous faire un joli speech sur l’avenir de l’homme grâce à la technologie, et sur la philanthropie légendaire des grands patrons qui œuvrent désormais pour le bien-être des hommes. Américain à l’extrême, ce commencement glorifiant le capitalisme est d’une hypocrisie détestable. Mais bref, passons. Iron Man a tombé le masque et le monde est en paix – et c’est une des raisons pour laquelle Wall Street se permet d’embellir notre quotidien. Ainsi, les conflits mondiaux ne sont plus qu’un vestige du passé grâce à l’armure d’Iron Man. Soit dit en passant, cela rappelle fortement le Dr Manhattan de Watchmen. Mais comme la technologie de l’armure intéresse la patrie, Tony Stark sera invité à livrer son armure surpuissante au gouvernement américain. C’est l’occasion d’amener une piste de réflexion sur l’utilisation d’une arme. Qui doit en être le garant : l’inventeur d’une arme peut-il être le seul utilisateur de sa trouvaille, ou faut-il au contraire confier cet avantage au gouvernement ? Hélas, si la question est pertinente, les arguments ne le sont point. Pire, les scénaristes ont eu l’ingénieuse idée de transformer ce débat entre l’armée et Stark en une simple chamaillerie d’écolier, remportée par le plus impertinent et le plus con des deux.

Et nous atteignons là le fond du problème : d’un côté comme de l’autre, nous sommes confrontés à des personnages totalement caricaturaux, vidés entièrement de leur substance. Si l’on avait aimé le Tony Stark du premier opus, on retrouve ici le milliardaire entièrement transformé. L’homme cynique s’est transformé en vieux con prétentieux et narcissique. Et ce n’est pas sa mort imminente (ouh on y croit…) qui le rendra plus attachant. J’ai eu la nette impression que le public ciblé était les jeunes ados boutonneux, qui se balancent des vannes insipides tout en s’esclaffant de leur trait d’esprit indomptable. Et en face de Stark, nous avons des larves vivantes, sans contenance ni mesure de soi. Mièvres et naïfs la plupart, au comble du grotesque pour le vil traître à sa patrie, à peine la secrétaire (interprétée par Gwyneth Paltrow) tire-t-elle son épingle du jeu. En effet, c’est bien la seule à avoir conservé son jeu d’acteur au niveau du premier volet. Et même si ce n’était déjà pas fameux, force est de reconnaître que son rôle pathétique est le mieux interprété. Quant à la palme du rôle inutile, il revient sans conteste à Scarlett Johansson, dans le rôle de l’agent sexy qui ne sert qu’à attirer les mâles en rut.

Bon, les personnages sont totalement loupés, mais on se dit que l’histoire va rattraper tout ça. Après tout, c’est un film de super héros, il y a de l’action. Effectivement, on a droit à quelques scènes d’action. Mais comme tout le reste, on s’aperçoit que là aussi c’est minable. Les scènes d’action sont totalement loupées, elles sont d’un irréel rarement atteint. Attention je ne vais pas hésiter à spoiler, donc si vous comptez malgré mes mises en garde dépenser inutilement vos deniers, zappez directement à la conclusion. Par exemple, la scène du Grand Prix est, à l’instar de toutes les autres scènes du film, un foutage de gueule complet. A l’aide de sa haute tension portable, le méchant russe (oui, on n’évite pas les poncifs du genre) tranche en deux une voiture de course style formule 1 qui fonce droit sur lui à environ deux cents à l’heure. Non content de cet exploit, il le répète avec succès sur la voiture du héros milliardaire, qui, comme par hasard, a éjecté le pilote de son équipe pour lui piquer la place. Une fois échoué sur le bas-côté, sans grand dommage malgré le rude choc, Stark se hisse hors de l’épave et se retrouve démuni face au grand méchant russe. Discours de vengeance de rigueur et phase d’intimidation, c’est à la surprise générale qu’Iron Man se tire d’embarras en échappant aux lacérations meurtrière de son adversaire, qui décidément a bien plus de mal avec un humain pataud qu’avec une formule 1 en plein élan.

Mais si ce n’était que ça ! Non, les scénaristes ont vu grand, et ils osent sans vergogne surenchérir dans le n’importe nawak en organisant le sauvetage de Stark par sa secrétaire et son chauffeur. Accrochez-vous ça va chauffer, parce que la Rolls d’Iron Man défonce les barricades et fonce à contresens sur le circuit pour se dépêcher d’éviter le pire. A ce sujet, je ne résiste pas à la tentation de vous livrer une phrase culte dans cette situation, émise par la secrétaire : « Attention une voiture ! ». Un autre exemple du foutage de gueule manifeste se trouve un peu plus loin, quand Stark construit seul et avec quelques bouts de tuyaux, un accélérateur de particules pour fabriquer un nouvel élément. Affligeant.

Je pense qu’il est inutile d’épiloguer, Iron Man 2 est un désastre sur tous les points. Tous les ingrédients nécessaires au nanar sont présents : rôles artificiels, histoire totalement bidon, qui enchaîne sans sourciller moults incohérences, pseudo-réflexion qui va dans le sens d’une Amérique capitaliste. Bref, un pétard sacrément mouillé et qui fait mal à voir, autant que la déchéance de Stark, réduit ici à un simple super-héros couvert de strass et paillettes.


Notez le regard illuminé

samedi 30 juillet 2011

Kick Ass

Y’a pas à dire, Kick Ass nous botte bien le cul. Et pas seulement à nous, simple spectateurs itinérants, mais également aux autres comics de super-héros. Pas tous bien entendu. Certaines adaptations, comme celle du Dark Knight, n’ont pas à rougir face à cette parodie du genre. Et dieu que c’est jouissif.  Le héros, ou antihéros selon les positions de chacun, est un adolescent banal, et suit les cours au lycée comme les autres jeunes de son âge. Aucune identité secrète ou même pouvoir spécial, aucun passé trouble ou idéologie divergente, ce Dave Lizewski est bel et bien un être entièrement normal. Pourtant, Dave a un rêve, un fantasme caché, mais que bien d’entre nous ont certainement eu un jour : devenir un super-héros. Mais voilà, Dave est un loser, un ringard pur jus. Et c’est d’ailleurs ce qui fait le sel de toute cette histoire. Voir un gringalet sans aucune maîtrise du combat, armé simplement de son courage et de son costume vert fuchsia débarquer face à deux voyous en crânant, voilà qui ne manque pas de piquant. Cependant, Dave apprendra à ses dépends que les comics sont loin de refléter la réalité. On ne s’improvise pas super-héros en un jour, et encore moins lorsqu’on est un geek gringalet sans aucune capacité spécifique. Malgré un revers prévisible, Dave, alias Kick Ass, reprend du service. Après un concours de circonstances très bien amené, Kick Ass attise le buzz et déchaîne les passions, l’occasion de présenter un super-héros rompu aux nouvelles technologies (mais version réseaux sociaux), comme le fut Batman en son temps.


Jusqu’ici, Kick Ass est un film très drôle, mais l’on se demande bien si le film sera uniquement une comédie déjantée qui délaisse l’histoire. Vous l’aurez certainement deviné, ce n’est absolument pas le cas. Sous ses dehors parodiques, le titre – car n’oublions pas que le film est tiré du comics éponyme– n’oublie pas de proposer une histoire réellement bien ficelée. En parallèle des déboires de Kick Ass, nous suivons les aventures d’un père et de sa fille, qui forment résolument un duo très singulier. Sans trop en dévoiler, nous avons en face de nous deux être humains qui approchent le plus de la définition d’un super-héros. Deux justiciers masqués et dotés d’aptitudes exceptionnelles écument le monde de la pègre. Dans quel but ? Vous le saurez bien assez tôt. Sachez simplement que ces deux-là sont très attachants. Nicolas Cage interprète à merveille le rôle du père poupon et sécuritaire ; quant à sa fille, nom de code Hit Girl, le décalage entre son jeune âge et son comportement est une source de réjouissance à plusieurs reprises. Loin d’être la petite fille sage modèle, elle se révèle être une soldate prête à tuer sans aucun état d’âme. Ajoutez à cela des répliques cyniques foudroyantes, et Hit Girl est clairement mon personnage favori.

Il serait pourtant injuste de négliger les seconds couteaux, de ne parler que des trois gentils de l’histoire. Car s’il faut bien reconnaître une qualité de taille à Kick Ass, c’est son panel de personnages très fourni, et surtout très abouti. Du parrain de la pègre à la fille objet de désir, tous les acteurs interprètent brillamment leur rôle. Les acteurs semblent être en résonance avec leur rôle ; à l’unisson ils se sont mis au diapason. Cependant, on ne pourra s’empêcher de noter que l’histoire part sur des bases très classiques. Mais qu’importe puisque les clichés sont superbement détournés. La love story, élément notablement mièvre dans nombre de longs métrages, est également une réussite. Moi qui suis d’humeur cynique à ces moments précis, je me suis surpris à trembler pour Dave, à partager ses sentiments dans ce moment crucial. Clairement, je me suis senti solidaire de ce puceau perdu dans les choses de l’amour, lui qui, avec ses deux meilleurs amis, ne connaît de l’amour que ce qu’il en a lu dans ses comics.

Mais si l’histoire est magnifiquement ficelée, je crois que la mise en scène m’a encore plus bluffé. L’immersion est totale. Je ne suis pas un expert ès cinéma, loin de là, mais clairement je me suis senti vivre l’action, à chaque moment du film. Et ça c’est un atout de taille. C’est ce qui fait la différence entre une scène de tabassage peu choquante et un passage à tabac révoltant, cruel, tant la violence brute y est capturée et restituée par le biais de l’écran. Aucun filtre ne s’immisce entre ce déchaînement sauvage inexpliqué, chaque agression heurte et écœure.

Au final, c’est un film exceptionnel qui nous est offert. Ce pastiche de super-héros ne fait pas seulement rire, il émeut et choque également, notamment grâce à une mise en scène époustouflante. Les scènes de violence sont très crues, et en ce sens peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes (moi-même j’ai été choqué, bien que je ne sois point cœur d’artichaut). L’histoire, malgré son côté ramassis de clichés subtilement réagencés, tient la dragée haute à n’importe quel autre film dit sérieux. On pestera légèrement à un ou deux moments, quand une scène d’action est peut-être trop irréaliste, mais en-dehors de ces très rares passages je considère que c’est un sans-faute sur toute la ligne. Je terminerai avec un mot sur ma scène favorite du film. Le sourire aux lèvres, j’étais presque en transe quand la musique d’Ennio Morricone est venue siffloter à mes oreilles radieuses, pendant que mon regard captait avec avidité la vision délictueuse qui m’était offerte. Décidément, un film d'exception.